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Mathias ENARD sème sa "Zone"...

Laurent Sapir - 31.07.08

Avec « Zone », Mathias Enard crée déjà le buzz de la rentrée, à travers une Iliade ferroviaire hantée par les soubresauts des guerres méditerranéennes.

Rencontre avec l’auteur.

-Quel est le point de départ de « Zone » ? -Le livre a commencé pour moi dans un train, et dans la situation du narrateur. Un matin, à Paris, j’étais dans un état très physiquement très étrange… Je suis arrivé à Milan, et après j’ai pris le train entre Milan et Rome. Et c’est là, dans ce train, que j’ai conçu le trajet et l’horizontalité du récit, parce qu’il n’y a rien qui résume mieux le 20ème siècle qu’un train… Les trains de transports de troupe, les trains de déportés… Tous ces aspects qui sont liés aux aspects les plus tristes et les plus criminels du 20ème siècle .

Zone
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-Et vous aviez déjà l’idée du narrateur ? -Disons que lorsque je prends ce train fatidique, comme lui, je sais déjà qu’il est agent secret. Je sais aussi qu’il a combattu en Croatie, mais il y a encore des éléments dans sa vie personnelle qui me sont obscures…. Il sent, en fait, cette espèce d’excellence des temps derniers à travers ce train qui l’emmène vers sa fin ou sa renaissance. __ -Il y a aussi cette mallette qu’il transporte, avec tous ces secrets d’espion en Méditerranée…__ -C’est d’abord un livre sur les hommes comme victimes et bourreaux, combattants et combattus, torturés et vaincus…… Le cadre méditerranéen compte, mais ce n’est pas la Méditerranée huile d’olive, blé et vignes qui m’a intéressé. J’ai plutôt privilégié une vision épique et héroïque. J’ai pensé à ces grandes batailles qui remontent à l’Iliade et à l’Antiquité, à toutes ces guerres, ces colonisations, ces décolonisations, à tout cet immense ensemble de corps enfouis, là, sur les rives…Et c’est cela, en fait, que le narrateur de « Zone » porte dans sa mallette. Dans cette valise qui est au dessus de son siège, qui pèse de plus en plus sur son siège, sur ses épaules, c’est l’Histoire en entier qu’il y a dedans.

-Le livre comporte 24 chapitres… Et un seul point ! Pourquoi un tel parti-pris ? -Parce qu’un voyage, cela s’interrompt très peu finalement… Le narrateur a cette image d’ailleurs, il dit : « même mort, mon cadavre arriverait à Rome de toute façon ».. Et j’avais vraiment envie de prendre le lecteur, de l’asseoir dans le train et d’aller jusqu’à Rome sans s’arrêter, comme le ferait un train lancé dans la nuit… Pas d’arrêt, pas de pause, du rythme, quelque chose de soutenu, de tendu, et qui correspond aussi au grand va-et-vient de l’histoire, des noms…Tout cela, c’est une espèce de grande machine qui tourne tout le temps, et comme le temps ne s’arrête jamais de la même façon, la phrase ne s’arrête pas elle non plus, et elle continue, et elle va jusqu’au point final …

« Zone », de Mathias Enard, Actes Sud (Parution le 20 août).

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